
Les raisons exprimées dans les dernières lettres de prisonniers s’étant suicidé permettent de mieux comprendre la diversité des situations et des tensions qui conduisent au suicide. L’analyse du contenu de ces lettres révèle sept classes distinctes de suicidés : les prisonniers « à bout », dans l’incapacité de s’adapter à un univers de fortes contraintes, les « ostracisés » malmenés par les autres détenus, les (futurs) « sortants » de prison déstabilisés par l’appréhension d’une réinsertion (…)
Un trait caractéristique des établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM), nouvelles prisons réservées aux jeunes de 13 à 18 ans, réside dans l’injonction faite aux surveillants pénitentiaires et aux éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de travailler en binôme au sein des unités de vie qui composent la détention. Nous décrirons, dans un premier temps, comment ces éducateurs, plongés en milieu a priori hostile, doivent puiser dans différents registres moraux, (…)
Ce livre de Fanny Salane, maitre de conférence à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, constitue la version publiée d’une thèse de doctorat de sciences de l’éducation soutenue en 2008 à Paris V.Il s’agit d’une recherche qui peut sembler au premier abord anecdotique sur les personnes incarcérées dans les prisons françaises qui suivent des cursus postbaccalauréat (BTS, université, etc.) et que Fanny Salane appelle « détenus-étudiants ». Notons en introduction que le lecteur cherchera (…)
Ouvrir un groupe de parole dont la condition essentielle est la sécurité et la confiance, dans le milieu carcéral régi par une logique sécuritaire de surveillance et de contrôle, relève du défi et du paradoxe. Cette expérience repose sur un vécu partagé de fiabilité qui passe par une inscription dans la continuité de tous les acteurs. Le travail autour des consignes dans le groupe a été déterminant. Nous observons des effets pour les détenus sur la construction d’une identité de père et la (…)
Cet article se propose de cerner la place de l’école en prison. La place symbolique et juridique tout d’abord, à partir de l’étude de textes officiels, qui mettent en avant l’éducation comme un droit. La place effective ensuite, à partir d’entretiens menés avec des « détenus-étudiants ». La confrontation de ces deux discours permet de souligner les paradoxes de l’institution carcérale, qui arrive difficilement à concilier ses différentes missions. En prison, la logique sécuritaire et (…)
L’approche clinique du travail de sécurité publique et de ses cadres institutionnels met ici l’accent sur l’analyse des idéologies défensives de métier comme réponse à l’épreuve de réalité que représente toute activité professionnelle, mais aussi comme réponse à l’imaginaire social en ce qu’il contribue au déni de la délégation du « sale boulot » et à orienter l’image sociale de ces professions. L’esprit de corps s’alimente d’un discours collectif ultra sécuritaire : il est réactionnel à la (…)
Dans les divers types de prisons françaises, la religion permet souvent aux détenus de structurer leur vie. La pratique religieuse a, en effet, des vertus thérapeutiques, de pacification, de sens et de réhabilitation de soi. Les détenus recourent, par ailleurs, de manière stratégique aux aumôniers pour rencontrer d’autres détenus, pour comprendre leur jugement ou pour contester l’institution. Les recours à la religion sont similaires d’une confession à l’autre, à l’exception de la (…)
Faire travailler ensemble tous les acteurs de l’inclusion ?
Par Hervé Benoit, rédacteur en chef
Intra muros est sans doute l’expression qui traduit le plus fidèlement la situation dans laquelle se trouve le détenu en prison. Mais ces hauts murs de pierre ou de béton, visibles et tangibles, ne masquent-ils pas d’autres barrières internes qui morcèlent et cloisonnent les activités, l’espace et le temps dans le microcosme de la prison, des Établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) ou (…)
Avec ce troisième volume se terminent, provisoirement il faut l’espérer, les traces d’erres mémorielles laissées par nos écrivants de l’atelier conduit par Nicole Caligaris durant l’année 2009.
A un moment o๠notre institution renouvelle nombre de ses personnels par des recrutements ambitieux, il fallait laisser un écho, une trace, une bouture nécessaire à une mémoire vive, qui fait que les institutions peuvent avoir un avenir. Pour ces nouvelles générations, l’AP va devenir un monde (…)
Les historiens et les sociologues nous ont convaincu depuis longtemps déjà que toute institution n’ayant pas l’intérêt de son passé s’amputait de sa mémoire vive et hypothéquait toute lucidité sur son avenir. Au regard du constat que celles et ceux, personnels de surveillance, travailleurs sociaux, personnels administratifs et techniques qui ont été les témoins engagés des mutations que l’administration pénitentiaire a connu ces trente dernières années, allaient quitter l’institution, nous (…)