
Texte écrit sur le film par un des détenus participants :
Un fil conducteur, la composition de l’œuvre musicale, avec Thierry Machuel en cicérone muet. Il apparaît ainsi régulièrement, signe que la création prend corps, que le temps s’écoule malgré tout, même si très lentement. D’ailleurs réside là , pour moi, l’un des principaux mérites de ce film, être parvenu à capter le rythme du temps de l’enfermement.
Une alternance d’images. Du dehors (la liberté ?). De la forêt, à laquelle chacun rêve, mais qu’on ne peut fouler. De l’ancienne détention, la marque de la prison, stigmate immuable de l’enfermement sur la matière, le corps, les êtres. Quelques vues également de la prison d’aujourd’hui, triste et sinistre comme il convient à ces lieux, leur substance « pénitentiaire »â€¦.
Et des mots, posés de-ci de-là , qui disent paisiblement le ressenti de l’enfermement et qui font de ce film une œuvre dure, infiniment violente.
L’impression d’une œuvre à part dans la filmographie carcérale. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu quelque chose de comparable. Pas seulement à cause du tryptique mots, musique, image qui le compose, mais surtout de l’impudeur caustique de notre réalité déballée en toute simplicité. Un lieu, des êtres, et au cœur de tout cela le « criminel » restitué comme homme, qui vit, qui crée, qui éprouve.
Clairvaux, le 18.02.09
Régis S.
– Producteur : Red Star cinéma
– Se procurer le DVD : Edition d’un coffret regroupant musiques, textes et film sur le label Aeon (disribution Harmonia Mundi/outhere). Grand Prix de l’académie Charles Cros 2010
– Collection CNC images de la culture