
Une photographie s’élabore dans une relation tendue entre le réel et l’imaginaire. Le concept d’image négociée est l’outil qui me permet d’expérimenter cette relation. L’acte photographique n’est plus dans la "prise" de l’image, mais dans sa production partagée, le sujet devenant le co-auteur de son portrait.
J’ai proposé à douze détenus volontaires de réaliser, dans leur cellule, un autoportrait symbolique dans lequel chacun pourra projeter son identité sans y être physiquement représenté. Sous la forme d’une installation, en utilisant les objets quotidiens disponibles dans sa cellule, le détenu construit une représentation de lui-même. Il met en jeu son imaginaire à travers ce principe d’équivalence. L’image qui en résulte est immédiatement visualisée (procédé numérique) et validée puis co-signée par le détenu et moi-même.
J’ai ajouté une deuxième image, en contrepoint de cette affirmation identitaire : la représentation de la cellule vue du pas de la porte. Cette image documentaire « muette » se juxtapose à l’image négociée « parlante », elle a pour but premier d’informer le spectateur sur le réel des conditions d’incarcération mais également de situer les objets dans leur contexte.
En choisissant et organisant les objets de leur quotidiens ils donnent à voir des signes de leur réel : la boîte de Ricorée, la « chauffe » pour cuisiner, les fruits et légumes plus ou moins avariés, le tabac à rouler mais aussi le désir de parole avec les titres des livres et des coupures de journaux ou l’image de la télé... Lorsque leur présence évoque une identité culturelle, politique ou sociale, ils deviennent le support d’un récit intime et collectif. L’embrayeur de chaque installation se situe entre le réel des choses et leur appropriation par l’imaginaire, comme une affirmation de dignité, une expérience de la liberté.