Mes soleils sont faits en boites de sirop découpées en lamelles. Au centre, c’est le bouchon de la bouteille de sirop. Les lamelles font environ 2 cm et sont découpées dans la longueur jusqu’à 3 cm avant la base. Je les aplatis avec le plat d’une cuillère à soupe, pour les rendre le plus plat possible. A force, ça fait un arrondi.
C’est juste décoratif, ici, c’est la misère.
Ce sont les couteaux cantinés dans la détention. En moins de 15 jours ils ne coupent plus. La lame se plie dans tous les sens.
On a trouvé un moyen de les consolider gràçce au détenu affecté à la plomberie.
Il récupère des bouts de tuyaux de cuivre foutus et coupe dedans des petits morceaux de un centimètre.
Il passe la bague de cuivre autour du couteau, puis il l’écrase au marteau pour bloquer ensemble la lame et le manche. Avant, il vaut mieux entourer le manche de scotch noir pour que le plastique n’éclate pas.
Ici tous les travailleurs du rez-de-chaussée ont ce système de couteaux.
C’est tout ce qu’on a pour manger : le couteau pliant, la fourchette et une cuillère à soupe. On n’a pas de petite cuillère. On mange le dessert avec la grosse cuillère...
Le cendrier est fait avec des chutes de boites de Ricoré. J’ai découpé la partie supérieure d’une boite avec son couvercle.
Les "reposes clopes", ce sont des petits morceaux de plastique de la boite. Avec le briquet, j’ai chauffé l’endroit o๠je voulais les fixer et pour consolider la soudure, j’ai fait tomber quelques gouttes de plastique fondu.
Dans le fond, pour que ça ne brûle pas je mets du papier de chocolat.
Le "briquet de salon" lui aussi est fait dans le haut de la boite de Ricoré.
Comme ça il est plus facile à trouver la nuit, sur la table.
Je fais mes cendriers dans des pots de Ricoré ou dans des fonds de canettes.
Avec le petit couteau pliant j’ai fait des lamelles verticales dans la canette de Coca et j’en ai rabattu une pour pouvoir poser la cigarette. L’autre coté est un peu raté.
Ici, nous n’avons pas de chaise en cellule. C’est mon ancien codétenu qui a fait celle-ci avec un tabouret.
Le coussin du siège est fait avec un morceau de mousse de matelas recouverte d’un chiffon. On récupère la mousse quand il y a des changements de matelas.
Pour faire le dossier, j’ai découpé deux grands morceaux de bois récupérées sur des palettes et je les aies fixés aux pieds du tabouret. Entre ces montants en bois, il y a une bonne dizaine d’épaisseurs de carton empilées les unes sur les autres. C’est solide, on peut vraiment s’adosser.
Les chaises devraient être obligatoires pour les personnes qui travaillent en cellule. Normalement, avec un certificat médical prouvant qu’on a des problèmes de dos on peut avoir une chaise. Moi j’ai beau avoir une scoliose, je n’en ai pas eu. Heureusement que j’ai bricolé celle-ci.
C’est difficile de travailler à une table dix heures par jour, assit sur un tabouret comme on le fait. On fait du collage. On plie et puis on colle des chemises pour diverses banques. On colle des bons de réduction sur des prospectus…
Il ne faut faire que du provisoire car du jour au lendemain, ça peut être supprimé.
Quand je suis arrivé dans la cellule, il n’y avait pas d’étagère au dessus du lavabo. J’aurais du l’acheter ! Moi, j’aime autant mes boites de Coca.
Elles sont percées et ajustées sur les vis prévues pour la tablette. Pour que ça ne bouge pas, il y a plusieurs épaisseurs de carton derrière la canette et à l’intérieur, l’agrafe gràçce à laquelle on ouvre la boite habituellement qui sert de rondelle.
Dedans je mets tout ce que je veux avoir sous la main : peigne, brosse, dentifrice.
Je mets aussi les spatules pour la cuisine. Je les aie découpées dans des morceaux de cagettes avec le petit couteau pliant.
Je mets des feuilles de papier dans le globe parce que la lumière est trop forte.
Ce sont des "bons de cantine", il y en a de plusieurs couleurs.
Il y a beaucoup de choses à faire avec ce globe ! Quand je suis arrivé ici le premier jour, je n’avais rien pour faire chauffer de l’eau. En maison d’arrêt quand vous êtes arrivant, sans plaque, sans toto, il faut bien trouver une combine pour se faire un café chaud.
Pour faire chauffer de l’eau, on met le bol dans le globe que vous avez décroché du plafond puis on le remet en place de façon à ce qu’une partie de l’ampoule trempe dans l’eau.
On allume et l’eau est chaude en cinq minutes.
Mon plafonnier, c’est une bassine recouverte d’un tissu découpé dans un tee shirt.
J’ai fait un trou dans la bassine pour passer la douille.
Le tissu est scotché à la bassine, tout comme la guirlande, découpée dans un sac poubelle.
Je voulais avoir quelque chose à moi.
Sur les fenêtres, les photos sont collées avec du double face.
Le pied de la lampe est une boite de Ricoré. Le couvercle est percé pour recevoir la douille.
La structure de l’abat-jour est fait de quatre pics de brochettes fichées dans le couvercle, dans de petits trous faits avec une tige de métal chauffée. Les baguettes sont reliées entre elles horizontalement et scotchés ensemble. Les quatre feuilles de papier imprimées qui forment l’abat jour reposent dessus gràçce à des petites pattes en carton. Pour le rigidifier, j’ai collé des lamelles de carton sur les feuilles. J’ai récupéré le fil et les douilles quand il y a eu des travaux dans les cellules. Les franges, c’est le papier cadeau du colis de Noà« l.
La lampe a deux positions : Posée et suspendue.
Quand je suis au lit, je l’accroche à un clou dans le mur.
Comme ça, je peux lire sans déranger mon collègue. Je m’isole en fermant mon lit avec des serviettes.
J’ai fait trois abat-jour et je les change selon l’humeur. Les photos ne sont pas là par hasard, je les ai choisies. Je les regarde et je rêve…
Au rez-de-chaussée, les balles de tennis aux pieds des chaises servent à protéger le carrelage. Dans les étages, c’est plutôt pour le bruit.
Tous les quinze jours, je lave et je cire. Si on ne fait que laver, ça ne brille pas. Si quelqu’un entre dans ma cellule quand je viens de cirer, je vois les traces de pas.
Alors même si le surveillant remet les choses en place, je sais qu’il y a eu une fouille !
Je vois que quelqu’un a piétiné devant les placards.
Le voisin de dessous cognait le soir parce que je faisais du bruit en déplaçant mes tabourets. Pour ne pas le déranger, j’ai entouré des vieux vêtements autour des pieds.
C’est un tee shirt que j’ai récupéré ici. C’est la première chose que je fais quand j’arrive en cellule.
A Ploemeur, on mettait des bouchons de bouteille de parfum. On travaillait pour Yves Rocher.
Un jour, j’ai récupéré un poste de radio dans une poubelle.
Comme je n’ai pas réussi à le réparer, j’ai pensé à en faire un ventilateur.
Le corps est fait d’une boîte de Ricoré, fixé sur une boîte de rillettes en métal.
Il m’a suffit d’installer le transfo et le petit moteur à l’intérieur et de fixer à l’extérieur , les hélices découpées dans des morceaux de canettes. Le centre est un bouchon de bouteille de sirop.
Dehors j’étais bricoleur…
Il est entièrement fait en carton de vittel. Le scotch est récupéré ici.
Quand on arrive en cellule, il n’y a pas de miroir, il faut le cantiner.
Ce sont des tubes d’harissa découpés, ouverts et enroulés sur eux-mêmes. Les rouleaux sont attachés deux par deux par des petits morceaux de tube et font pression sur la compresse placée au milieu. Moi, je mets des compresses, d’autres mettent des kleenex.
En tournant les deux tubes en sens contraire, on fait monter ou descendre la mèche qui trempe dans l’huile. La flamme doit être bien bleue sinon ça ne chauffe pas assez.
Je m’en sers pour faire tout ce qui est plat en sauce. Pour faire chauffer l’eau, j’utilise la chauffe qu’on trouve en cantine, avec les pastilles de pétrole.
Mais ça revient cher, il faut entre 4 et 5 pastilles pour faire des spaghettis.
Les seuls couteaux autorisés sont ceux de l’administration pénitentiaire. Des petits couteaux pliants à bout rond. On doit tout faire avec. Il y en a un dans chaque paquetage, donc chaque détenu en a un au minimum, mais ils ne sont pas assez solides.
Avec l’usure, la rouille, ça casse et le couteau se retourne. Il fallait trouver une astuce pour éviter d’en racheter un à chaque fois.
Alors j’ai coupé le manche d’une brosse à dents en plastique. En cisaillant avec le couteau et en chauffant le plastique, ça finit par casser.
J’ai défait le couteau du manche, puis avec le briquet, je chauffe l’extrémité de la lame que je vais sertir dans la matière plastique du manche.
Après, on chauffe le plastique avec le briquet pour nettoyer le pourtour. Il y a des rejets de matière plastique que je vais écraser pour faire quelque chose de propre.
L’idée m’est venue un soir o๠je m’étais blessé en coupant ma viande, le couteau s’était retourné. Je me suis dit qu’il devait y avoir une combine pour ne pas acheter un couteau toutes les semaines.
J’ai montré comment faire aux détenus qui me l’empruntaient tout le temps puis ils l’ont fait eux-mêmes.
J’ai démonté mes fenêtres, car j’ai toujours trop chaud ! Mais je peux les remettre très facilement.
Je les ai posées sur des boites de coca empilées et remplies d’eau. ( Je la change régulièrement ). Ca me fait une armoire pratique et puis j’adore les meubles en verre.
Les fenêtres me gênaient pour faire mon sport en cellule. Chaque fois je devais les enlever de leurs gonds et les poser par terre. Je risquais de les casser à tout moment.
Je me demandais ce que je pouvais bien en faire, vu que je ne les ferme jamais. Ca fait des années que je suis en prison, je ne les ferme jamais. Je ne supporte pas d’être enfermé.
Ce sont les chaussures que l’administration donne aux indigents.
Comme je suis connu - je travaille à l’entretien - j’ai pu en récupérer une paire.
Je n’avais pas de chaussons car il est interdit d’en faire entrer par le parloir.
Ceux qui ont des chaussons les ont cantinés : 17 euros les moins chers.
Moi je refuse d’acheter quelque chose qui devrait nous être fourni.
J’ai découpé la languette de la chaussure avec le petit couteau pliant, ensuite j’ai décousu de chaque coté.
Certains enlèvent le bout pour faire des claquettes.
En 86, je le faisais déjà , c’était les mêmes chaussures qui étaient fournies.
Ce sont les prisonniers qui les font.
Ma louche est le fond d’une canette découpée. C’est une cuillère à l’envers qui fait le
manche.
Pour fixer la canette sur la cuillère, il faut la découper en conservant - dans la hauteur - une partie qui va venir s’enrouler autour de la cuillère. Il faut recourber l’extrémité de la cuillère pour que la canette ne glisse pas. Evidement ce n’est pas très solide, vous vous en servez cinq fois et elle casse.
Maintenant je peux faire des crêpes. J’en fais depuis que je suis ici parce qu’on a un réchaud, en Maison d’Arrêt il n’y en a pas.
A l’époque o๠j’ai fabriqué ma pipe, je ne travaillais pas et je n’avais pas les moyens d’en acheter une à l’extérieur.
Pour faire le tuyau, j’ai pris un tube de stylo Bic, avec un embout métallique à l’intérieur pour ne pas écraser le tube quand on tient la pipe entre les dents.
Le foyer est un morceau de manche à balai que j’ai creusé verticalement en cône avec mon couteau pliant et percé sur le coté pour insérer le tube en plastique.
Je l’ai entouré de fil de laiton pour la consolider et pour que ça ne chauffe pas trop quand on
la tient.
Évidement, comme il n’y a sans filtre est un peu dur pour les poumons !
Ce sont deux barquettes de dattes posées l’une sur l’autre. Le bàçton d’encens est planté dans le polystyrène et repose sur deux bàçtons croisés.
Avant de trouver ce système, je plantais le couteau dans l’épaisseur du bois de la table et je coinçais le bàçton d’encens le long de la lame, mais l’encens tombait sur la table en se consumant.
J’ai pensé à ce système quand j’ai cantiné des dattes. Peut-être que si je n’en avais pas cantiné de dattes, j’aurais cantiné un porte encens classique, ou bien j’aurais trouvé autre chose. Je me fous que ce ne soit pas beau.
L’encens c’est bien pour masquer les odeurs du codétenu qui a du mal à s’adapter à la bouffe ! Quand on n’en a pas, on fait brûler des pelures d’orange séchées.
C’est une bouteille coupée dans le sens de la longueur. Deux petits trous pour passer le lacet.
Ce sont des petits trucs qui se transmettent.
J’ai récupéré une radio HS. J’ai gardé le moteur, le transfo et le ressort du coffre à piles. Il faut également un stylo Bic.
Je me suis servi du support plastique du moteur. J’ai agrandi au ciseau un trou qui existait déjà pour insérer le tube du stylo. J’ai redressé le ressort pour en faire une tige droite que l’on introduit à l’intérieur du tube du stylo. On l’accroche dans un petit trou qui se trouve sur la petite roue qui servait initialement à entraîner la bande de la K7. En tournant, cette petite roue entraîne la tige et lui (impulse) fait faire des mouvements d’avant en arrière dans le tube.
L’aiguille est fixée avec du fil à l’extrémité de la tige de métal.
Ensuite, on relie le moteur au transfo. Pour la brancher, il suffit de prendre la rallonge de n’importe quel radio-K7.
Comme je suis balayeur extérieur, quand quelqu’un jette son poste, je le récupère. J’ai même retrouvé des postes qui marchaient. Une mauvaise nouvelle, une colère, ils prennent le poste et ils le jettent. Quand il tombe, le poste est éclaté. Moi je récupère. Ils jettent de tout par les fenêtres, j’ai même vu tomber des pieds de tabourets et des placards…
Pour faire l’encre, il faut brûler un pot de yaourt ou un manche de rasoir. Du plastique qui fume très noir. On laisse flamber et on récupère la suie, en tenant une assiette au-dessus.
Ensuite on gratte l’assiette et on met tout ça dans un bouchon de bouteille en plastique. On mélange avec deux gouttes d’eau et on gratte un tout petit peu de savon pour épaissir. On a une encre vraiment noire.
Pour le rouge, on mélange avec de la brique pilée.
Il y a plein de gars qui voudraient faire un tatouage mais qui ne savent pas comment faire. Je la prête, je leur dit comment ça marche et ils se démerdent.
Je me suis fais un tatouage et à mon codétenu. Je change les aiguilles à chaque fois !
On est bien obligé de faire chauffer de l’eau pour le café ou pour faire la lessive…
Avec deux grosses vis et une rallonge électrique on fait un toto.
On dénude les fils de la rallonge électrique et on les attache chacun à une des vis. Puis on dispose les vis de chaque coté d’un morceau de bois pour qu’elles ne se touchent pas et on fixe le tout avec du scotche. Ensuite on branche la prise. Il faut toujours mettre le toto dans l’eau avant de le brancher !
C’est interdit, mais toléré. Évidemment, on n’a pas intérêt à emmerder le surveillant…
C’est une cuillère cassée en deux. On la casse à force de la tordre dans un sens et puis dans l’autre.
On a retourné le petit bout de métal qui restait pour entortiller dessus le fil dénudé. Le fil électrique s’accroche au morceau de métal. On fait pareil pour l’autre fil.
Entre les deux, on met un bout de bois, pour que le plus et le moins ne soient pas en contact.
Et on attache avec un bout de tissu.
On le met dans un récipient qui contient de quoi faire quatre cafés. Dans un récipient plus grand, il faudrait le laisser branché toute la journée.
Ici on ne peut pas acheter de thermo plongeur à cause de l’électricité qui n’est pas conforme. Quelque fois ça fait sauter l’électricité
Quand les surveillants en ont après nous, c’est la première chose qu’ils confisquent.
Fruit de deux années de rencontres et d’ateliers, ces photographies ont été réalisées dans six établissements pénitentiaires : maisons d’arrêt ou centres de détention, à Paris et en province.
Abordant l’univers pénitentiaire sous l’angle particulier de la culture de survie qui s’y développe, ce travail s’est intéressé aux objets usuels bricolés en cellule par les personnes incarcérées.