
En 1999, le rapport Vasseur, médecin de la prison de la Santé, suivi par l’affaire Papon, détenu àçgé, avaient provoqué la visite des trente députés de la Commission d’enquête dans les prisons françaises et révélé l’horreur pénitentiaire.
En janvier dernier, Robert Badinter créait une polémique en s’inquiétant du sort de Maurice Papon, nonagénaire détenu à la Santé et réclamait une libération pour vieillesse et traitement inhumain.
On découvrait alors que le cas Papon pour lequel Robert Badinter réclamait une libération pour vieillesse et traitement inhumain, n’était pas unique, que d’autres vieillards anonymes (359 détenus de plus de 70 ans dont 27 de plus de 80 ans) étaient condamnés à finir leurs jours en prison.
Travaillant depuis plusieurs années sur un reportage photographique auprès de la grande vieillesse, notamment en milieu hospitalier – dans lequel on est confronté à des situations d’enfermement et de promiscuité - j’ai entrepris de poursuivre ce parcours au sein de deux Centres de Détention qui accueillent de nombreuses personnes àçgées.
De février à mai 2001, j’ai pu réaliser un reportage auprès des détenus àçgés à Liancourt (Oise) et à Melun (S&M). Contrairement aux Maisons d’Arrêt, les Centres de Détention accueillent des condamnés à de longues peines (souvent en fin de peine) ne posant normalement pas de problèmes de sécurité dans lesquels ils bénéficient d’un régime assoupli et une relative liberté de circulation, le tout dans une double perspective de resocialisation et de réinsertion.
Si la réinsertion passe, pour la majorité des jeunes détenus condamnés à de longues peines, par le travail et les activités formatrices et ludiques proposées au sein des établissements, il n’en est pas de même pour les détenus àçgés pour lesquels le travail n’est plus autorisé après 65 ans.
Ceux-ci sont donc condamnés à une double exclusion.
A l’intérieur, l’inactivité est déprimante, les détenus àçgés s’ennuient. Chaque jour est une lutte contre le temps. Dans le dortoir et les cellules, la TV est allumée en permanence. Certains dorment jusqu’à midi (une demi-journée de gagnée), font la sieste ; les plus dynamiques jouent aux cartes, à la pétanque quand il fait beau, font un peu de gym, cherchent la compagnie des plus jeunes, rencontrent parfois le visiteur de prison ou le psychologue. Certains fréquentent la bibliothèque, les ateliers d’écriture ou d’arts plastiques.
Soumis à une hibernation imposée dans cet univers rétréci, au stress et à l’oisiveté, ils fument, des cigarettes « cantinées » quand ils bénéficient d’un pécule suffisant. Les moins chanceux reçoivent une petite aide d’une association caritative.
Se posera le cas échéant le problème de leur retour dans la société quand, souvent coupés des liens familiaux, ils seront confrontés à une relative hypocrisie des établissements de retraite qui ne se pressent pas pour accueillir « d’anciens détenus ».
Mais quand ceux que les surveillants appellent familièrement les « papys » montrent les premiers signes de dépendance, les soins apportés par les infirmiers détachés par l’hôpital local pour assurer une permanence sanitaire ne suffisent plus. Commence alors une autre lutte. Si les pathologies ou les handicaps augmentent, ils n’ont d’autre choix que de rester au lit et attendre. Au mieux, on envisagera un transfert à l’hôpital central de Fresnes pour une consultation, une intervention et retour.
Malgré la présence d’un personnel infirmier très impliqué, la carence des centres de détention en matière de soins et de suivi psychologique est évidente et les prisons, dont les lieux ne sont pas adaptés, n’ont pas vocation à devenir des unités gériatriques.
Pourtant, l’àçge moyen d’entrée en prison ne cesse de reculer et les peines de s’allonger.
Alors que la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg vient de rejeter le principe de la détention inhumaine de M. Papon, une nouvelle grande loi pénitentiaire devant prendre en compte la situation concrète de tous les détenus sera discutée durant les prochaines semaines.