
Affirmer « Ils sont nous », c’est un cri de résistance devant le raz de marée de la pensée du bannissement. Parce qu’ils n’ont pas respecté
la loi commune, il faudrait les entasser dans des prisons à l’écart des villes, placer chacun de leurs gestes sous surveillance panoptique, les humilier afin qu’ils éprouvent la condition de victime.
Parce que « la prison voudrait nous faire croire que l’homme qu’elle contient ne nous ressemble plus »1. Et qu’elle y parvient. Parce qu’il peut être insupportable d’admettre que le clair et l’obscur existent en chacun de nous. Parce que les clichés et stigmatisations sont tenaces
et viennent souvent justifier l’immobilisme politique. Un statu quo prenant la forme de prisons surpeuplées, d’atteintes persistantes à
la dignité, de construction de nouvelles prisons toujours plus déshumanisantes, d’un refus obtus d’investir dans l’accompagnement et la réinsertion. Désigner le prisonnier comme l’autre, le monstrueux, le fou, l’irrécupérable, celui qui ne nous ressemble en rien, permet ainsi
de « justifier l’impensable : contenir sans réparer, relàçcher sans projet. La récidive est là qui attend. La machine se nourrit d’elle-même ».
Ce dossier (publié dans la revue de l’OIP "Dedans-Dehors") pose la première pierre d’une campagne en fil rouge de l’action de l’OIP pour 2013-2014. Une campagne fondée sur des « récits de vie » d’anciens détenus. Ils racontent leurs conditions de vie avant d’avoir eu affaire à la justice, ce qui les a menés selon eux à la délinquance ou au crime, ce qu’ils sont devenus après leur passage en détention. Il y a ceux qui croyaient que la prison, « ça n’arrive qu’aux autres » et qui ont été dépassés par des pulsions. Ceux qui, socialement bannis, ont trouvé dans le milieu délinquant leur seule terre d’accueil. Autant de récits singuliers et subjectifs, que l’OIP va continuer de recueillir et de diffuser.
Sarah Dindo
Un dossier réalisé par l’Observatoire International des Prisons :
– Matoub ou l’impasse sociale
– Repris de justesse
– Une vie qui bascule
– Je suis encore dans le noir
– Tout est allé très vite, je ne contrôlais plus rien
– Tout homme peut voir sa vie basculer